Arriver quelque part, et ne rien comprendre
Je suis arrivé à Genève de l'étranger. Le monde du travail suisse a ses propres règles : CFC, brevet fédéral, maturité professionnelle, apprentissage dual, article 32. Je me suis renseigné, sérieusement, comme on le fait quand on veut s'installer quelque part. L'information existe, et elle est même très bien faite.
Et ça n'a pas suffi. Parce que savoir ce qu'est un CFC ne vous dit pas si c'est le vôtre. Lire une liste de métiers ne vous dit pas lequel vous irait. Aucune brochure ne peut vous dire ce que votre parcours vaut ici, ni nommer ce que vous savez faire sans le savoir. L'information, ce n'est pas de l'orientation.
Puis j'ai regardé les chiffres de ma ville : à Genève, 61 % des habitants sont issus de la migration. Nous sommes des dizaines de milliers à avoir cherché exactement la même chose, chacun dans son coin.
On est choisi par les circonstances
Plus j'y réfléchissais, plus je voyais la même chose partout autour de moi. Ce n'est pas une histoire d'ambition ou de courage : c'est une histoire de temps. Personne ne nous en donne pour poser la question.
On fait ce qu'un proche a fait avant nous. On suit la voie d'une personne qu'on admire. On prend le poste qui se présente parce qu'il faut payer les factures ce mois-ci, et ce mois-ci devient dix ans. Ce ne sont pas de mauvaises décisions : ce sont des décisions prises sans avoir jamais eu le temps de se demander ce qu'on voulait vraiment.
Pas au sens vague. Au sens précis. Je voulais un point sur la carte : voilà où vous êtes, dans le monde du travail d'aujourd'hui, avec ce que vous savez faire.
Ce que je voulais qu'on me dise
Il y avait une liste, dans ma tête, de choses que j'aurais voulu que quelqu'un regarde en face avec moi :
Ce dernier point comptait plus que tout le reste. Je ne cherchais pas un salaire. Je cherchais un métier qui ne me demande pas de laisser mes principes à l'entrée.
Et là, j'ai découvert le trou
En Suisse, quand on veut de l'aide pour y voir clair, il existe deux portes.
Ce que j'ai trouvé en cherchant
- Le bilan de compétences privé. Environ 280 francs la séance, entre 1 500 et 2 000 francs au total, dix-huit heures réparties sur deux à trois mois, sur rendez-vous.
- viamia, le dispositif public cantonal. Gratuit, sérieux, très bien fait. Mais il commence à 40 ans, et il exclut les personnes au chômage, à l'AI ou à l'aide sociale.
- Entre les deux : rien. Ni pour celui qui a 28 ans et se réveille un dimanche soir. Ni pour celle qui vient de perdre son emploi. Ni pour la personne arrivée l'an dernier et qui ne sait pas par où commencer.
Sources : tarifs relevés auprès de cabinets genevois et vaudois ; conditions d'accès publiées par viamia.
J'étais exactement dans cet entre-deux. Et le plus frustrant, ce n'était pas de ne pas avoir de réponse. C'était de comprendre que la question elle-même n'était prévue pour personne comme moi.
Alors je l'ai construite
Je n'ai pas cherché à faire une entreprise. J'ai construit le conseiller que je cherchais, pour me répondre à moi-même. J'ai commencé par apprendre le terrain suisse pour de vrai : les métiers un par un, avec les vraies compétences qu'ils demandent, les vrais salaires en francs, les vraies formations, et l'état réel du marché. Pas des généralités trouvées quelque part, des sources officielles. Et la base continue de s'étoffer, secteur après secteur.
Puis je lui ai donné ce qui lui manquait : une façon d'écouter. J'ai mis dedans toutes les choses que j'aurais aimé qu'on découvre de moi. Ce qui fait ma force. Ce qui fait ma faiblesse. Ce que je ne voyais plus parce que je le faisais tous les jours. Je lui ai appris à creuser au lieu de flatter, parce que ce dont j'avais besoin, ce n'était pas d'être rassuré. C'était d'être vu.
C'est ça, l'âme de Cynthia. Elle ne vous demande pas ce que vous voulez faire : c'est cette question-là qui vous noie, parce qu'elle ouvre mille possibilités sans jamais en fermer une seule. Elle vous fait raconter ce que vous avez déjà fait, et elle en tire une direction.
Le reste, c'est vous qui marchez. Mais vous saurez enfin dans quel sens, et pourquoi c'est celui-là. Ce n'est pas un hasard si le symbole de Cynth.IA est une rose des vents.
Un bilan qui vaut quelque chose ne vous apprend pas qui vous êtes. Il vous donne les mots pour le dire, et de quoi le prouver. Entre les deux, il y a toute la distance qui sépare un doute qu'on rumine le dimanche soir d'une phrase qu'on ose dire en entretien.